Nous aimons Berlin. Nous avons marché à la recherche de lieux parfois peu connus qui évoquent le monde d’hier, d’avant la chute du Mur. Ces balades ont toujours commencé dès l’atterrissage de l’avion d’Air Berlin à l’aéroport de Tegel.
Flâner dans la capitale allemande procure un sentiment de quiétude. Cette ville est aérée, composée de larges avenues à l’horizontalité définitive.
Les différences de style des immeubles, la végétation qui pousse librement dans les espaces restés vides, marquent plus qu’ailleurs les destructions et les blessures de l’Histoire.
Il y a le Berlin solide qui a échappé à tout, et le Berlin des cicatrices et du mauvais ciment de l’après guerre.
Berlin est aussi affaire de lacs et de forêts. C’est une ville sur le sable et l’eau – on y compte plus de ponts qu’à Venise-, une ville où l’air est pur, traversée par les vents de la grande plaine slave qui s’étend jusqu’à Moscou.
Aujourd’hui Berlin s’éveille à l’été. Les belles journées d’août ont commencé. Les longues avenues autour du Kurfürstendamm sont bordées de chênes, de peupliers et de tilleuls.
Le ciel peut être nuageux mais il y a une belle luminosité, l’air est tiède, les rues sont calmes. Les Berlinois sont bienveillants pour le visiteur qui cherche son chemin. Un petit tronçon de rue mène au triangle de voies du métro aérien de Friedrichstrasse qui se trouve au dessus de la colossale toile d’araignée ferrée des lignes du métro berlinois. L’entrée est libre, sans portillon ni barrière.
Les impressions que l’on retire de là-haut ou des stations souterraines font partie du tour de ville.
Berlin a sa beauté particulière et manifeste. Il n’y a pas plus bel édifice, ignoré des parcours touristiques, que le hall monumental de verre, d’acier et de béton qu’a créé Peter Behrens pour l’usine de turbine AEG de la Huttenstrasse dans le vieux Moabit.
Aucune tribune de dôme n’offre une image plus impressionnante du Berlin industriel et ouvrier.
A Berlin, le poids de l’histoire est à chaque coin de rue.
Un éclat de lumière du soleil passe sous les nuages et vient frapper les vestiges de la gare jamais reconstruite d’Anhalt, trace absente de tous les chemins d’Europe. Plus au Nord, sous l’ombre épaisse d’un bouquet d’arbres, on découvre les éclats de balles et d’obus qui marquent encore quelques murs de Sophienstrasse dans le quartier de Mitte.
A l’Ouest, Berlin est accotée à la forêt dense de Grunewald dominée par le Teufelsberg. Cette colline au toit plat est faite, sur 120 mètres de haut, des gravats de Berlin bombardée et détruite.
Ils sont là, par dizaine, des enfants avec leurs parents à tirer des cerfs-volants. On est entouré par des chênes anciens mélangés de hêtres et d’érables.
Et c’est de cela aussi, de ciel et de vent qu’est faite Berlin qui s’étend sous nos yeux.
Au loin, on aperçoit les tours d’un pont : l’ Oberbaumbrücke. La Spree lui servait de frontière. Au milieu, il y avait une suite de poteaux pour la délimiter. La R.D.A n’existe plus, ses rues étaient vides, grises et inquiètes.
Après-midi singulière ; lumière argentée sur Tempelhof. Les oiseaux d’acier vrombissants qui descendaient en glissant sur l’étendue verte et la piste bitumée ont disparu. Tempelhof se cherche un nouveau destin. Barrant l’horizon, c’est une falaise de béton, de verre et d’acier, une forteresse dont les dimensions colossales coupent le souffle. L’aéroport est fermé mais sa visite est empreinte du vide et de l’absence. Partout règne le silence. Dans la pénombre de ces longs couloirs Il flotte une odeur propre à ces lieux de passage. Le tarmac de l’aéroport confine désormais à un vaste parc. Il est le domaine des enfants après avoir été celui des aviateurs.
Ce quartier commence et finit avec des cheminées d’usine vouées au décor des promoteurs de l’immobilier résidentiel. On gravit les longues allées arborées du Victoria Park, 60 marches jusqu’au grand monument ; le Kreuzberg est l’éminence la plus élevée au-dessus de la Spree.
Un père de famille commente à sa femme le détail des tours et des toits que l’on peut voir, en face de nous ; la coupole de verre du Reichstag, le bulbe de la Fernsehturm, les ailes dorées et scintillantes de Siegessäule.
Arrière-cour de Friedrichain, l’un des plus anciens quartiers ouvriers de Berlin-Est.
Les plafonds des appartements sont hauts, les fenêtres abritent des plantes vertes, des rideaux rouges ajoutent un peu de couleur vive à la nuit et au ciel de Prusse.
A Berlin, l’imagination en sait plus que le regard. Il faut l’aide des souvenirs et des pensées pour sentir la douce mélancolie de la ville.
Nous avons marché dans Berlin « ville ouverte », en long et en large, sans rencontrer de frontières…