En cette matinée de juillet, il pleut…
Un avion d’Air Berlin passe dans le ciel. A un kilomètre de Tegel, au nord du Tiergarten s’étend le vieux quartier industriel de Moabit.
C’est un Berlin ignoré des guides touristiques dont les traces à moitié effacées par la guerre méritent pourtant qu’on les découvre. Tout au long de l’Elberfelderstrasse et dans les rues voisines, de vieux immeubles autrefois noircis par les incendies des bombardements ont retrouvé leur blancheur. C’est le Moabit de la petite bourgeoisie, tapi à l’ombre des arbres. Même en plein jour, les petites rues sont silencieuses.
Le vrai Moabit, le Moabit ouvrier, commence plus loin. A mesure que l’on s’enfonce dans l’Alt-Moabit strasse, les rares immeubles bourgeois qui subsistent ont été rénovés. Le vieux Moabit, celui du prolétariat berlinois, des bordels et des casernes n’existe plus. Au coin de la Huttenstrasse et de la Reuchlingstrasse, on voit encore les anciens ateliers de construction mécanique, ils ont été rénovés dans un style néo industriel.
Que reste t-il aujourd’hui de Moabit-le-Rouge, le célèbre point de lutte du Berlin communiste des années 30 ? A l’angle de Hutten strasse et de Berlichingen strasse se dresse l’imposante usine AEG Telefunken, dont le bâtiment de 1907 a gardé sa façade.
Elle est l’ oeuvre de Peter Behrens architecte et designer allemand qui fut le professeur de Walter Gropius et du Corbusier. Cette immense usine au style novateur par l’utilisation abondante du verre et par l’emploi de béton et d’ossatures métalliques apparentes est l’une des dernières survivantes du Berlin industriel et ouvrier d’autrefois. La salle des turbines fonctionne encore, elle tourne comme tourne la roue de l’Histoire. A Moabit, marcher dans les rues procure un sentiment assez étrange. Comme si l’on errait dans un entre-deux mondes.